Créer un pôle
logistique alimentaire

7 bonnes pratiques

Un pôle logistique alimentaire est une infrastructure physique qui assure, entre autres, l'agrégation et la distribution de denrées alimentaires locales. Il peut assurer différentes fonctions pour servir l'ensemble de la chaîne :

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L’objectif d’un pôle est de mieux servir l’ensemble des acteur.trice.s du cycle d’approvisionnement, de la ferme jusqu’à l’assiette des consommateur.trice.s. Ce sont des projets collaboratifs aux modèles d'affaires innovants, qui accordent de l'importance aux impacts sociaux et environnementaux positifs.

Le pôle permet aux producteur.trices d'accéder à des infrastructures, de développer de nouveaux marchés et d'enrichir leurs compétences.

« 95 % de nos membres producteur.trice.s ont vu leurs ventes augmenter grâce à leur implication dans le pôle alimentaire. Pour la moitié d'entre eux.elles, cette augmentation est d'au moins 25 %. »

Extrait du rapport annuel 2019 du pôle alimentaire du Cape Breton

Contexte
La création d'un pôle

Deux types de contexte favorisent l’émergence de pôles alimentaires :

Des politiques publiques favorables au développement d'un système alimentaire local.
Le soutien de la population dans la mise en place du pôle : interpellation des élu.e.s, bénévolat ou encore soutien financier.
Politiques publiques et implication citoyenne

Par qui sont créés les pôles?

46 %
Des citoyen.ne.s ou
organismes alimentaires
18 %
Des institutions
publiques
14 %
Des fermier.ière.s
22 %
Non renseigné

Étude de 22 pôles alimentaires par la Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique

Bonne pratique #1
Mettre en place une gouvernance partagée

Bien qu’il y aient plusieurs modèles de gouvernance pour les pôles alimentaires, les recherches menées par Récolte montrent que la coopérative de solidarité ou l’organisme à but non lucratif (OBNL) semblent être les statuts juridiques les plus pertinents pour créer un pôle alimentaire. Ces modèles reflètent la complexité du système alimentaire, caractérisé par une diversité d’acteur.trice.s et d'intérêts. Ils permettent d'équilibrer les opinions dans les instances de décisions et de faire évoluer le projet en fonction des aspirations de chacun.e.

Quel est le statut juridique des pôles?

42 %
OBNLs
37 %
Entreprises
18 %
Coopératives
3 %
Institutions

Résultats d'un sondage aux Etats-Unis : Findings of the 2017 National Food Hub Survey

L'exemple de :
Nouvelle-Écosse

Le pôle alimentaire de Cape Breton est une coopérative de solidarité. Son comité directeur est constitué de 10 personnes représentant tous les maillons de la chaîne de valeur alimentaire (producteur.trice.s, consommateur.trice.s, restaurateur.trice.s, détaillant.e.s, fédérations et élu.e.s locaux.ales). Ainsi, tous les profils des parties prenantes sont représentés à l'échelon stratégique.

Bonne pratique #2
Diversifier les sources de financement

L’atteinte d’une rentabilité financière est un enjeu fondamental pour pérenniser un pôle.

  • Le recours aux fonds publics semble nécessaire pour couvrir les coûts de lancement et opérationnels, souvent conséquents, dans les premières années.
  • Une clé de viabilité est la diversification des activités et des bénéficiaires. Si c’est l’ADN d’un pôle, cela a aussi l’avantage de renforcer la résilience du projet en multipliant les sources de revenus et en permettant des connexions entre différents publics.
  • Le développement d'activités à haute valeur ajoutée - telles que les cultures de houblon ou de safran, la transformation des denrées, ou encore la formation de professionnel.le.s - permet de financer les activités sociales.
L'exemple de :
Québec

En 2019, le Pôle a bénéficié d’un investissement initial de la municipalité et de la Caisse Desjardins de la région. L’équipe a monté un plan de développement sur trois ans qui lui a permis d’obtenir l’aide du Fonds d’appui au rayonnement des régions (FARR) pour poursuivre son déploiement. Le pôle a également bénéficié d'un soutien du MAPAQ pour développer un réseau de vente et de distribution alimentaire en circuit court. Le pôle planifie sa rentabilité pour 2023 grâce aux ventes générées par ce réseau de distribution, la location des espaces et des équipements de transformation et la commercialisation de produits au marché.

Magazine 100°

Bonne pratique #3
Partager les coûts logistiques opérationnels

Pour optimiser les coûts et le temps des opérations, les pôles alimentaires peuvent partager des infrastructures, des outils et des compétences avec d'autres structures du territoire ou avec des pôles d'autres régions. Cette mise en commun permet de renforcer l'efficience opérationnelle et la capacité financière de chacun.

L'exemple de :
Pennsylvanie

The Common Market (TCM) fonctionne en réseau : une maison mère et des chapitres affiliés dans différentes villes. Chaque chapitre signe un « accord de services partagés » et bénéficie de la mutualisation des services opérationnels : les logiciels de gestion de la clientèle, la comptabilité et la démarche de mise en marché sont partagés. Cet accord permet une économie des coûts administratifs, qui augmente le fonds de roulement de chaque pôle pour adapter les opérations aux contextes locaux. Cette structure renforce également leur modèle financier et leur capacité à lever des fonds.

Bonne pratique #4
Développer des activités à forte valeur sociale

Le développement d'activités à fort impact social est ancré dans les valeurs d'un pôle dès sa création. Lutter contre les inégalités d'accès à une alimentation saine et locale en est le pilier. Mais la vocation sociale des pôles va bien au-delà et les possibilités d'actions sont multiples :

  • Programme de coupons alimentaires
  • Insertion socio-professionnelle
  • Formation et sensibilisation à l'alimentation et à l'agriculture
  • Création de lien social par l'organisation de rencontres, d'ateliers de cuisine, d'évènements festifs
  • Soutien à l'entrepreneuriat agro-alimentaire
L'exemple de :
Washington, D.C.

Le pôle développe des formations professionnalisantes techniques gratuites pour les résident.e.s du quartier, souvent éloigné.e.s de l'emploi. Elles permettent de se former à l'aquaponie, l'agriculture urbaine ou la gestion de l'eau. Le pôle a développé un partenariat avec les micro-entrepreneur.e.s du secteur agro-alimentaire local pour augmenter les débouchés vers un emploi durable une fois la formation accomplie.

Bonne pratique #5
Assurer l'inclusivité culturelle

Un pôle alimentaire a un rôle majeur à jouer dans la création d'un système alimentaire plus inclusif, représentatif de la diversité des perceptions et des réalités vécues sur un territoire. Il peut, à son échelle, lutter contre les formes d'exclusion et de de stigmatisation en distribuant ou cultivant une plus large sélection de plantes, herbes, fruits et légumes appréciés et consommés par toute la population.

L'exemple de :
New York

Corbin Hill Food Project a pour mission d’assurer un approvisionnement en denrées alimentaires fraîches à celles et ceux qui en ont le plus besoin, en portant une attention particulière aux personnes racisées. Ils incluent dans leur distribution des produits consommés par diverses communautés et adaptés à des régimes variés.

Bonne pratique #6
Développer des partenariats pour renforcer les services du territoire

Un pôle alimentaire est un projet de territoire : il est directement connecté à l'écosystème de la région qu’il dessert. En développant des collaborations au-delà des activités du pôle, il participe à la restauration d'un tissu agraire et agroalimentaire de proximité, redonnant vie au paysage, à des savoir-faire et à des liens sociaux bénéfiques.

L'exemple de :
Vermont

Ce pôle alimentaire travaille en réseau et en concertation avec tous les autres pôles de la région : ils s’assurent d’offrir chacun des services spécifiques et complémentaires afin de mailler tout le territoire. Ensemble, ils font rayonner le Vermont jusque dans les états limitrophes où ils sont sollicités pour leur expertise.

Bonne pratique #7
Miser sur les ressources humaines et l'écosytème présent

Détenir les bonnes compétences techniques et de gestion est une autre clé de succès pour faire vivre un pôle.

Trouver la bonne personne pour gérer le projet et fidéliser les employé.e.s est déterminant pour la maîtrise des opérations. Cela peut être assuré par la formation des salarié.e.s et des citoyen.ne.s du quartier, pour leur permettre de devenir les entrepreneur.e.s et gestionnaires de demain.

L'écosystème présent autour du pôle est également une précieuse ressource pour faire vivre les activités : les résident.e.s du quartiers, les associations, les commerçant.e.s ou la collectivité; tout.e.s contribuent à faire du pôle un espace vibrant, ancré dans son territoire.

La gestion des bénévoles est un élément à prendre en compte dans le pôle : si ils.elles représentent un soutien indispensable et souhaitable, les opérations ne peuvent pas reposer seulement sur eux.elles.

41 %
des pôles alimentaires dépendent de main d'œuvre bénévole

Résultats d'un sondage aux Etats-Unis : Findings of the 2017 National Food Hub Survey

L'exemple de :
Québec

La ferme urbaine du Bâtiment 7 a été lancée par des passionné.e.s et a reçu le soutien et l'implication bénévole des habitant.e.s du quartier. Les activités de la ferme se développent avec les organismes résidents du bâtiment (épicerie, brasserie, ateliers) mais également en concertation avec le tissu associatif du quartier ainsi qu'avec la Ville de Montréal.

Les trois facteurs de pérennité

  • L'atteinte de la rentabilité financière, qui dépend des revenus générés, des financements externes reçus et des retombées économiques positives du projet sur le territoire (création d'emplois, emplois indirects, attraction touristique).
  • La mise en place d'une gouvernance partagée et ancrée dans le territoire, qui dépend de l'appui politique du projet, du développement de partenariats avec des acteur.trice.s locaux.ales, de l'implication des citoyen.ne.s et de l'arrimage avec les instances de concertation.
  • L'atteinte d'un impact social positif et pérenne, qui dépend de la participation des usager.ère.s au projet, de la dimension pédagogique du pôle et du développement d'activités aux bénéfices durables et mesurables.
Un triangle avec Gouvernance, Impact social et Rentabilité financière aux trois coins.'

Des infrastructures physiques, numériques et humaines

Un pôle alimentaire est bien plus qu'un lieu d'agrégration et de distribution. Il est une combinaison des trois types d'infrastructures, connectées entre elles :

Infrastructures physiques

des équipements, entrepôts et véhicules qui répondent aux besoins techniques des acteur.trice.s

Infrastructures humaines

un réseau de personnes aux compétences complémentaires qui échangent et travaillent ensemble pour le bon fonctionnement du pôle.

Infrastructures numériques

des outils informatiques performants qui permettent un accès partagé à l'information

Pour continuer la lecture : Freins et leviers du déploiement de pôles alimentaires - Une synthèse de connaissances par la Chaire de recherche UQAM sur la transition écologique

Cette revue des bonnes pratiques a été réalisée dans le cadre du projet SALIM, une initiative de Montréal en commun, portée par Collectif Récolte.