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2020-08-04

La Secousse #3 : Reconnexion entre les mangeur.euse.s et l’agriculture locale

Série de témoignages d’acteur.trice.s de l’alimentation durable au Québec

Troisième rencontre : Julie Aubé

Pour cette troisième rencontre nous avons le plaisir de partager les réflexions percutantes de Julie Aubé sur l’importance cruciale de la reconnexion entre les mangeur.euse.s et l’agriculture locale.

Elle nous confie son admiration pour les élans de générosité que la crise a permis; et nous présente des pistes d’actions concrètes, à l’échelle individuelle et collective, pour mettre la proximité au menu.

Julie Aubé est nutritionniste gourmande, auteure (Prenez le champ!, Mangez local!), et organisatrice des Événements Prenez le champ! Elle partage également des articles et des recettes aux saveurs de saison sur son site JulieAube.com. Sa mission : retisser des liens entre les mangeur.euse.s et les gens passionnés et passionnants qui produisent les aliments, puis partager des outils et de l’inspiration pour mettre plus de proximité à ses menus à l’année.

© Julie Aubé

Récolte : Comment la pandémie vous a-t-elle affecté.e, vous ou votre entreprise/projet/initiative?

Julie Aubé Je me rappellerai longtemps de ce trajet d’autobus entre Québec et Montréal le jour de mi-mars où les rassemblements ont été interdits. Les courriels rentraient les uns après les autres pour annuler tout ce qui avait été mis à l’agenda, un événement et une conférence à la fois. Le plus crève-cœur a été l’annulation de ma programmation printanière des Événements Prenez le champ! qui était toute prête.

Ça a été déstabilisant les premiers 48 heures, mais ça n’a pas duré : mes petits enjeux n’étaient rien devant les difficultés et les conséquences que d’autres ont vécues et vivent encore. J’étais en admiration devant tous ceux.celles qui réagissaient rapidement et efficacement pour le bien commun. Tellement de gens ont eu tant de beaux gestes, de belles initiatives, de générosité, de mots qui touchent, d’actions pleines d’humanité de réflexions qui nourrissent. J’ai eu moins d’engagements à l’horaire — j’ai écrit, cuisiné et jardiné beaucoup — et j’avais encore de la rédaction et des recettes à développer. Dans la vie d’une travailleuse autonome comme en agriculture, la diversité apporte de la résilience!

“J’étais en admiration devant tou.te.s celles et ceux qui réagissaient rapidement et efficacement pour le bien commun. Tellement de gens ont eu tant de beaux gestes, de belles initiatives, de générosité, de mots qui touchent, d’actions pleines d’humanité de réflexions qui nourrissent.”

© Daphnée Caron

Récolte : C’est l’occasion de repenser à bon nombre d’aspects de nos systèmes alimentaires conventionnels existants, quelle serait votre vision pour que ces systèmes soient plus durables, locaux, résilients?

Julie Aubé : La crise a certainement souligné la fragilité des systèmes alimentaires globalisés. Elle semble avoir éveillé ou stimulé un désir chez un nombre grandissant de personnes de mettre la proximité au menu. Et ça, c’est certainement positif!

Dans un article récent, j’ai lancé ceci en guise d’idées — non exhaustives! — qui pourraient être réfléchies pour tendre vers un système alimentaire plus durable, résilient et juste aussi :

« On a entendu parler de subventionner l’électricité pour prolonger la saison de culture avec des serres. Mais encore : 

- Trouver des façons de rémunérer les agriculteur.trice.s pour les services écosystémiques rendus à la collectivité par leurs pratiques écologiques ?

- Revisiter certaines lois pour que des secteurs aient le champ un peu plus libre pour nous nourrir? 

- Faciliter l’accès à la terre aux personnes qui souhaitent la cultiver à échelle humaine? 

- Diriger les programmes de subvention et la recherche vers les pratiques agroécologiques et l’agriculture d’occupation du territoire? 

- Supporter significativement les initiatives de mise en marché de proximité actuelles et celles qui sont encore à imaginer?

- Réduire les contraintes à la mise au menu d’aliments locaux dans les cuisines des écoles, des hôpitaux et autres institutions publiques? 

- Inclure l’alimentation et l’agriculture au cursus scolaire de base? 

Voilà plusieurs exemples — et les expert.e.s en auront d’autres à ajouter — qui pourraient favoriser l’accès aux aliments sains et durables d’ici. On envoie des gens sur la Lune, on devrait être capable de se doter de moyens concrets pour se nourrir de ce qui vient de chez nous, aujourd’hui et demain. C’est le temps de se donner la parole et de s’écouter, pour se dessiner courageusement un système alimentaire qui ne vise pas le « cheap » mais le juste et la préservation de la vie. »

Les gestes individuels ne remplacent pas les essentielles actions collectives et politiques comme plusieurs des exemples de l’extrait ci-dessus; ils s’y additionnent. Ils sont donc importants aussi. On a tou.te.s des réalités différentes comme point de départ, mais l’important est d’avancer sur le chemin d’un système alimentaire de proximité. Je pense que c’est important, comme mangeur.euse, d’être conscient.e que l’on fait partie du système alimentaire. Quand on comprend qu’on en fait partie, on comprend aussi qu’on peut contribuer — à sa mesure et à sa manière — à le faire évoluer. Et quand on est nombreux.ses à partager des pratiques et une vision, on se dote d’une voix citoyenne commune qui résonne plus fort en faveur du système alimentaire qui incarne un projet de société vert et nourrissant pour tou.te.s.

© Daphnée Caron

Récolte : Quelles sont les mesures que vous prenez/pensez prendre pour réaliser cette vision?

Julie Aubé : D’abord, en parler! Parce que ça contribue à accorder de la lumière au sujet et stimule l’implication.

Ensuite, poursuivre ma mission de reconnexion entre les mangeur.euse.s et l’agriculture, notamment avec mes communications et les Événements Prenez le champ! qui reviendront lorsque la situation sanitaire le permettra. Parce que tisser des liens et développer de l’affection pour l’alimentation de proximité n’est pas anodin. On protège ce que l’on aime, et on aime ce qu’on connaît. Quand on développe des liens de proximité avec nos aliments (en s’intéressant à leur origine, à leur mode de production, à leur saison d’abondance, aux gens qui les ont produits, aux façons de les cuisiner…), on les aime davantage et on a à cœur d’en prendre soin, ce qui peut rimer tant avec une volonté de moins les gaspiller qu’avec le désir de protéger et de faire équipe avec celles et ceux qui nous nourrissent : les agriculteur.trice.s et Dame Nature. Associer des histoires, des visages et des paysages aux aliments, et ainsi toucher les cœurs, c’est mobilisateur.

Lorsque notre désir de mettre la proximité au menu grandit, on a plus que jamais besoin de trucs, d’outils et d’inspiration concrète pour y arriver sur une base quotidienne et à l’année. Je souhaite contribuer à outiller les gens sur ce volet plus « pratico-pratique », en partageant notamment de techniques de conservation, des astuces d’approvisionnement, des recettes de saison et autres inspirations qui aident à transformer, en toute simplicité, notre motivation à « manger près » en festins quotidiens.

« On protège ce que l’on aime, et on aime ce qu’on connaît. 

Quand on développe des liens de proximité avec nos aliments, 

on les aime davantage et on a à cœur d’en prendre soin. »

Retrouvez l’excellent livre de Julie Aubé “Mangez local!” en librairie ou en vente via son site internet, qui regorge aussi d’informations, de ressources pertinentes et de recettes!: https://julieaube.com/livre-mangez-local

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